Nostalgie de la puissance d'un côté / Nostalgie de la liberté de l'autre...

Beaucoup de peuples sur cette terre vivent dans la nostalgie de leur gloire passée, de leur puissant empire perdu... Ces peuples généralement vantent les mérites de la pacification du territoire qu'ils avaient conquis et de la civilisation dont le monde aurait bénéficié grâce à eux. Par certains côtés les beaux restes qui subsistent de cette expansion pourraient nous faire admirer le passé des conquérants... Mais il ne faut surtout pas oublier : 1. Un peuple conquis est toujours un peuple soumis. 2.Un peuple soumis est humilié en permanence directement et indirectement. 3. A cette humiliation s'ajoute la persécution quand ce peuple refuse d'être humilié. 4. Si la persécution ne suffit pas à écraser l'énergie de ce peuple, elle peut se poursuivre en génocide...
La nostalgie de la liberté disparue est d'un autre ordre...
Ce blog veut témoigner pour Chypre. Il se composera d'articles glanés ci et là sur le web soit en français soit que j'aurais traduits et particulièrement de traductions du merveilleux Blog, si passionné et si riche de NOCTOC. qui m'a permis de transcrire ses textes . Puissent les lecteurs francophones en prendre connaissance !
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FAMAGOUSTE NOSTALGIE

 Victoria Hislop se tient devant le filet qui scelle les hôtels et les immeubles dans le centre touristique de Famagouste


Famagouste sur la côte est de Chypre, était autrefois l'une des stations les plus glamours de la Méditerranée. Ses kilomètres de sable clair et sa mer turquoise en faisait une destination pour la jet-set des années soixante-dix, attirant des milliers de visiteurs chaque année. 

Avec les touristes, la population forte de 40.000 habitants connaissait une vie riche en culture, art, musique et théâtre qui était la meilleure de l'île. Avec le port plus profond de Chypre, Famagouste traitait plus de 80 pour cent de la cargaison de l'île, dont une grande partie composée d'un vaste tonnage d’agrumes cueillis dans les vergers locaux.

Le quartier moderne, où se trouvaient les hôtels et appartements de luxe était habité principalement par les Chypriotes grecs, tandis que la ville fortifiée qui contenait les trésors historiques de Famagouste - y compris de nombreuses églises byzantines et une spectaculaire cathédrale du 14ème siècle, de l'époque franque - était habitée par les Chypriotes turcs. 

Mais il y aura 40 ans ce mois-ci, le règne de Famagouste comme paradis pour les insulaires et les touristes s’est interrompu d’une manière abrupte et prématurée.

Suite à un coup d'Etat militaire grec en Juillet 1974 les forces turques ont envahi Chypre, sous le prétexte de rétablir l'ordre constitutionnel et de protéger la minorité chypriote turque. Après une brève période de cessez-le feu, Famagouste a été bombardée et les chars turcs ont alors avancé. 

Le 14 Août, la population chypriote grecque a fui dans la terreur, dans des voitures, des autobus, à pied, en n'emportant que les vêtements qu'ils portaient. Ils s'attendaient à l'aide d'une puissance étrangère, mais rien n’est venu, et leur exil a duré des semaines, puis des mois, puis des décennies. 

Ma première visite à Chypre c’était quatre étés après la guerre. J'avais répondu à une petite annonce dans Time Out pour un voyage par voie de terre à Chypre, ne réalisant pas que j'allais dans une zone sous occupation de l'armée. J'avais 18 ans et j’étais très naïve. Il a fallu la vue des bâtiments grêlée de balles pour que je me me dise que ça allait être une fête étrange. Il y a 40 000 soldats turcs dans le nord de Chypre aujourd'hui, mais en 1978 il y avait beaucoup plus. 

Je me suis retrouvée sur une île où les Turcs avaient effectivement tiré un trait sur ​​Chypre divisant le nord du sud, coupant Famagouste et d'autres villes de leurs populations chypriotes grecques. Lors d’un de mes voyages à travers le nord de l'île avec des soldats qui étaient en congé, je me souviens avoir vu au loin une grande ville moderne et l’on m’a dit que c'était là qu’étaient les plus belles plages. J'ai demandé si nous pouvions y aller. « Non, m’a-t-on dit. C'est hors de limites. » 

Cette ville était Famagouste, une ville qui est devenue un symbole de la division de l'île. 

L'année de ma première visite, la frontière a été entièrement scellée, et elle est restée ainsi pendant encore 25 ans. Puis, en 2003, les autorités turques ont ouvert pour permettre aux gens de visiter leurs anciennes maisons. Beaucoup les ont trouvé occupées par les Chypriotes turcs ou des colons venus de Turquie. Cela a été une expérience traumatisante dans tous les sens, nombreux sont ceux qui ont trouvé leurs maisons détruites ou modifiées jusqu’à être rendues méconnaissables.

Aujourd'hui, une partie de Famagouste encore reste entièrement bouclée par des barbelés rouillés, farouchement gardée par les troupes turques. Connue sous le nom de Varosha, cette partie représente environ 20 pour cent de Famagouste : c’était une zone touristique de premier ordre, comprenant l'étendue de sable doré, derrière laquelle se dressent des squelettes d'hôtels et d’appartements bombardés et abandonnés, et des rues avec des magasins, des restaurants, des hôtels pillés. 

La ville fantôme est fortement gardée par des soldats, et des panneaux agressifs qui indiquent clairement que c'est une zone interdite. Grâce à d'énormes trous dans le filet plastique il y a une vue montrant de manière provocante la déréliction qui se trouve derrière. Les mauvaises herbes poussent entre les pavés, les vitres sont brisées, l'atmosphère y est étrange et sinistre. 

Les deux dernières années, je suis allée au nord et au sud de Chypre régulièrement à la recherche d'un roman. Pendant cette période, j'ai vu d'importants travaux de construction en cours dans la région environnant Varosha, ce la qui rend méconnaissable aux anciens habitants. Une importante population de colons de la Turquie continentale y vivent, en suivant leur mode de vie et leur culture très différente, même de celle des Chypriotes turcs. 

l est douloureux pour les Chypriotes grecs de voir leur ville en cours de reconstruction. Il y a à propos de Cette situation suscite beaucoup de colère, mais aussi de la tristesse. La plus grande tristesse, bien sûr, est que des dizaines de milliers de personnes ont perdu tout ce qu'ils avaient. Mais il y a également le regret que l'harmonie dans laquelle Chypriotes grecs et turcs ont vécu a été détruite. Erato Kantouna, fille de l'ancien maître du port de la ville, rappelle que son père était très ami avec de nombreux Chypriotes turcs. Ils étaient collègues, me dit-elle. »Et certains d'entre eux ne parlaient que grec.

Beaucoup de Chypriotes turcs que j'ai rencontrés ont exprimé leur frustration de façon semblable. Serdar Ataï, qui fait partie d'une société commune civique qui encourage la coopération entre les deux communautés, m'a dit comment il se sent vivre à Famagouste. "Nous sommes en captivité, comme otages", dit-il, ils ont promis que tout serait OK, mais notre avenir est captif. Pouvez-vous imaginer ce traumatisme? C'est poids très lourd pour les gens qui vivent ici. Ils se réveillent à un horizon sombre. "

Nous sommes allés à la boutique de Serdar pour récupérer la clé de la belle église du 14ème siècle de Agios Georgios Exorinos. A l'intérieur, plusieurs choses ont attiré mon attention - plus évidemment les fresques défigurées, avec les visages et la croix atrocement rayées. Il y a eu de nombreux cas de vandalisme culturel dans les églises grecques orthodoxes du nord. 

Mais quelque chose d'autre se distingue: dans le coin était un "epitafios", que l’on transporte dans les rues le vendredi saint. Cette année, pour la première fois depuis 1958, un office orthodoxe a eu lieu dans l'église. Des milliers de Chypriotes grecs ont traversé la frontière pour participer à ce moment profondément symbolique. 

Le Week-end dernier, j'ai assisté à un rassemblement pour célébrer les 40 ans depuis que les gens de Famagouste ont perdu leurs maisons. Pour rejoindre l'événement, j’ai pris une route qui est parallèle à la ligne de démarcation divisant Chypre. Tous les quelques kilomètres il y avait un poste de garde sur une colline, à partir duquel les soldats turcs regardaient vers le bas pour nous surveiller.

Une occasion semblable a eu lieu chaque année depuis la division de l'île et se déroule dans Dherynia, un village dans le district de Famagouste à proximité de la "frontière". De là, la ville fantôme est clairement visible dans la lumière du jour, ses hôtels de plusieurs étages se détachant sur la ligne d'horizon. La nuit, il disparaît. Il n'y a pas de lumières à l'intérieur de ces bâtiments. 

Dans la nuit de la journée du Souvenir de Famagouste, je marchais à côté d'une foule de plusieurs centaines de personnes du centre culturel de Famagouste occupé à travers le village pour présenter une déclaration au poste de contrôle des Nations Unies. Une lettre, adressée au Secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui demandait le retour de Famagouste à ses habitants légitimes. Avec leurs drapeaux flottant au vent, ils ont chanté des chansons sur leur ville perdue pour les troupes de l’ONU. C'était une manifestation pacifique, mais empreinte d’amertume et de chagrin. 

De retour au centre culturel, 1200 d'entre nous (y compris un certain nombre de Chypriotes turcs et trois membres du groupe parlementaire britannico-chypriote de tous les partis) a écouté les discours, d’entre autres, le président de Chypre, Nicos Anastasiades. Il a souhaité la bienvenue aux Chypriotes turcs pour l'événement et a déclaré que la solution à la question chypriote ne devrait pas avoir de gagnants ou de perdants, mais seulement des citoyens européens heureux. Il leur a demandé de travailler avec les Chypriotes grecs afin d'avoir un pays libre. 

«Le temps est contre nous, a-t-il dit. Non seulement pour les Chypriotes grecs mais pour les Chypriotes turcs.» Ces derniers sont maintenant une minorité par rapport aux colons venus de Turquie. 

Des spectateurs désabusés m'ont dit que les mêmes choses sont dites chaque année, et que les négociations vont certainement durer pendant très longtemps. La découverte de vastes réserves de gaz dans les eaux de Chypre pourrait toutefois s'avérer un catalyseur pour une sorte de règlement.

La soirée s'est poursuivie, avec des chansons extrêmement émouvantes sur la ville dont la silhouette se dessinait sous le clair de lune, et je me demandais si les amplificateurs les portaient aussi loin que les soldats qui gardaient la ville. 

« Nous sommes partis avec la certitude que nous allions bientôt revenir, croyant que le monde civilisé ne saurait jamais accepter ce crime contre Chypre » m’a dit Alexis Galanos, le maire en exil, et il a ajouté « Nous avons eu tort. »

Famagouste est connu pour les Grecs sous le nom Ammohostos, qui signifie «enfouie dans le sable ». J'espère que la question de son retour légitime ne rencontrera pas ce sort. 

Le roman de Victoria Hislop, "The Sunrise", est publié le 25 Septembre par Headline (£ 19,99)
(version  française par Maxime le minime de la source)

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2 commentaires:

franck jeannet a dit…

Il est inadmissible que la communauté du moins Européenne ne se manifeste pas sur la rétrocession de Fammagusta à Chypre.

Fil Voyage a dit…

Nous n'avons vu que le beau côté de Chypre lorsque nous y sommes allés . Merci de rappeler à tous cette tragédie. Je suis en train de lire l'excellent livre de Victoria Hislop ........
christelle.

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