Nostalgie de la puissance d'un côté / Nostalgie de la liberté de l'autre...

Beaucoup de peuples sur cette terre vivent dans la nostalgie de leur gloire passée, de leur puissant empire perdu... Ces peuples généralement vantent les mérites de la pacification du territoire qu'ils avaient conquis et de la civilisation dont le monde aurait bénéficié grâce à eux. Par certains côtés les beaux restes qui subsistent de cette expansion pourraient nous faire admirer le passé des conquérants... Mais il ne faut surtout pas oublier : 1. Un peuple conquis est toujours un peuple soumis. 2.Un peuple soumis est humilié en permanence directement et indirectement. 3. A cette humiliation s'ajoute la persécution quand ce peuple refuse d'être humilié. 4. Si la persécution ne suffit pas à écraser l'énergie de ce peuple, elle peut se poursuivre en génocide...
La nostalgie de la liberté disparue est d'un autre ordre...
Ce blog veut témoigner pour Chypre. Il se composera d'articles glanés ci et là sur le web soit en français soit que j'aurais traduits et particulièrement de traductions du merveilleux Blog, si passionné et si riche de NOCTOC. qui m'a permis de transcrire ses textes . Puissent les lecteurs francophones en prendre connaissance !
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PROSÉLYTISME ISLAMIQUE et CRYPTO CHRÉTIENS à CHYPRE : Grecs et turcs chypriotes ont en réalité beaucoup en commun...






OTTOMANS, LATINS, MARONITES et GRECS...


Alkan Chaglar, né le 5 août 1981 (1981-08-05) (28 ans) à Londres, est un journaliste chypriote turc et un chroniqueur de l'hebdomadaire bilingue (anglais-turc) Toplum Postası. Formé à Leicester, Liège et àl'École des études orientales et africaines, avec une formation en langues, sciences politiques et histoire, Alkan fait actuellement un doctorat sur les phénomènes de syncrétisme religieux.


Dans sa rubrique hebdomadaire « Rencontres culturelles » Chaglar Alkan écrit avec passion sur les influences croisées et la diversité culturelle dans les pays multi-ethniques et l'état des langues minoritaires dans le monde. Issu d'une famille chypriote turque, Alkan s’est vivement intéressé au phénomène des Crypto-chrétiens et à la question de la conversion à l'islam à Chypre. Le 5 mai 2006 dans le journal Toplum Postasi, Alkan a écrit sur les Latins et les Maronites à Chypre qui ont subi le prosélytisme islamique pendant la domination ottomane.

 Voici ce qu'il écrit:
« Sans banaliser l'importance de l’établissement des colons musulmans turcs venus d'Anatolie, la question du prosélytisme à Chypre est également au cœur de l'évolution historique de la communauté chypriote turque actuelle. Le prosélytisme, le fait d'inciter quelqu'un à se convertir à sa foi était largement pratique courante dans l'Empire ottoman, comme il l’a été dans de nombreux empires chrétiens à la fois avant et pendant le règne des Ottomans.
Comme on pouvait s'y attendre, le prosélytisme prolongé a précipité la formation de vagues communautés musulmanes dans les différentes possessions ottomanes.
Alors que dans le Pont ottoman et la Crète, les chrétiens grec-orthodoxes ont été principalement ceux qui ont été convertis à l'islam, à Chypre, au moins dans la période initiale de la domination ottomane, la plupart des convertis semblent avoir été des Latins et des Maronites.


Sans faire une liste des lamentations, Il est important à notre époque d'être au moins en mesure de parler de tels événements passés..
Après la défaite des Vénitiens par les Ottomans en 1572, un ultimatum de conversion sous peine d'esclavage ou de mort a été donné aux habitants latins de Chypre, si l’on en croit ce que de nombreux universitaires ont affirmé.
Le très respecté Ronald Jennings, historien des Arabes et des Ottomans résume le sentiment des Ottomans envers les Latins vaincus, «traiter les Chypriotes sur examen de leur bonne volonté à leur égard, mais se montrer sans pitié pour les Latins".
Jennings décrit comment les soldats vénitiens qui ont été faits prisonniers ont eu la possibilité d’échapper à l'esclavage ou à la mort en se convertissant à l'Islam, pour le plus grand nombre on ignore comment cela s’est produit, mais on sait que plusieurs personnalités bien connues comme le commandant d'artillerie vénitien Hercules Martingengo, se sont converties à l'islam. Si des officiers de haut rang se sont convertis il s’ensuit qu’il est tout à fait plausible qu'il y ait eu de nombreux apostats des classes inférieures également.
Commentant le traitement des Grecs, Harry Luke dit dans son livre, «Chypre sous les Turcs», « les habitants grecs ont partout facilement accueilli les forces d'invasion, celles-ci offrant enfin une véritable et imminente perspective de se débarrasser des Latins détestés*. "Les habitants grecs ravitaillaient fréquemment en nourriture les soldats ottomans en marche sur les fortifications vénitiennes."
Sans donner l'impression que les Ottomans et les Grecs ont été les meilleurs amis du monde à cette époque, il est important de noter que les Grecs entre deux maux ont choisi le moindre, et ont favorablement accueilli le changement après des siècles d’une rude domination franque*.


Jennings qui a épluché les archives ottomanes, a découvert que dans la période 1593-1595, 31% de tous les hommes adultes musulmans dont les prénoms et patronymes avaient été cités (en tant que mandataires (vekil)) devant le tribunal étaient des convertis. Plus d'un tiers de semblables musulmans cités au tribunal à l'époque étaient des convertis, avec 30% de tous les témoins importants appartenant à ce groupe en 1609-1611, et plus tard 18% de tous les Vekils. Ces chiffres représentent une proportion assez importante de la population musulmane de Chypre au 17ème siècle.
Bien que ces chiffres aient diminué après 1611 la conversion à l'islam n'a pas été abandonnée, certaines sources suggèrent qu'il a continué au cours du 19ème siècle.
Quant aux Maronites, Palmieri note que, en 1572, les Maronites vivaient dans 33 villages, en 1596, 24 ans après la conquête ottomane de Chypre, le nombre total de villages maronites était descendu à 19 puis au 20e siècle jusqu'à 4. Les villages Maronites comprenaient Metosic (Metochi), Fludi (Flamudi?), Santa Marina (Ayia Marina), Asomatos, Gansili (Kambyli), Carpasia (Karpasha), Cormachita (Kormakitis), Primisia, Casapifani (Kazafana), Veno (Vouno), Cibo, Jeri, Gensada, Attala, Clepirio (Klepini?), Piscopia (Piskobu), Gasbria (Gastria), Cefalarisco et Sotta Cruscida (Crysida). Beaucoup de villages susmentionnés comme Kambyli, Kazafana, Ayia Marina, et Piskobu étaient et sont encore partiellement ou entièrement de langue turque, tandis que Kormakitis est encore aujourd'hui habité par des Maronites.
Le prosélytisme a créé un imbroglio dans la société chypriote qui a produit le phénomène d'une communauté clandestine de crypto-chrétiens populairement connu comme Lino-bambaci (la secte Coton-Lin). Le terme a été inventé pour illustrer la multi-identité de ce groupe. Des villages comme Louroudjina (à l'origine Laurentia), Potamia et certains villages en Tylliria, étaient autrefois les terres des Latins convertis en masse à l'islam.
LR Michel qui a écrit sur les phénomènes des Crypto-chrétiens au 19ème siècle parle souvent de conflits entre prêtres latins et orthodoxes sur les droits d'inhumation des personnes décédées Lino-bambaci; l'Eglise orthodoxe dont les évêques ont coopéré avec les dirigeants ottomans souvent gagné.
Il y eut aussi de nombreux cas de chrétiens grecs orthodoxes convertis à l'Islam, c’est quelque chose qui mérite une discussion, mais certains historiens grecs font valoir que les Lino-bambaci étaient de langue grecque, ce qui pourrait laisser entendre qu'ils étaient eux-mêmes grecs. Mais les choses sont rarement comme elle le paraissent à Chypre ; les Latins et les Maronites qui ont résidé à Chypre ont souvent communiqué partiellement ou entièrement en grec, même avant la conquête ottomane. [...].
N'oublions pas aussi que les communautés maronite et latine** avaient vécu à Chypre pendant des siècles avant l'arrivée de l’armée de Lala Mustafa Pacha, et s’étaient déjà intégrées alors à la vie d’une île qui était en majorité de langue grecque.
Le fait est qu'un nombre important de Chypriotes aujourd'hui turcs musulmans ont un passé chrétien, et sont en partie descendants de ces Vénitiens, Gênois et Français qui avaient des domaines sur l'île sous la domination du prosélytisme islamique sunnite. Nous sommes une communauté mélangée, et de cela nous tirons de nombreux atouts et une richesse qui fait de nous ce que nous sommes. Il est temps que nous, en tant que communauté, réalisions qu'il y a beaucoup de facettes différentes dans notre passé et que nous ne devons pas en avoir honte. Plutôt que de rejeter cela comme folie, nous devrions utiliser ces origines à construire des ponts d'amitié avec d'autres cultures et célébrer nos identités multiples. Les historiens chypriotes des deux côtés de la fracture ont tendance à trop se concentrer sur notre héritage gréco-turc, au dépens de l'objectivité, mais Chypre est et sera toujours une convergence de cultures .


*Les Grecs chypriotes n'ont d'ailleurs pas pris part à la défense contre les Ottomans parce qu'ils étaient les serfs des Latins et n'étaient pas autorisés à être des soldats, leur religion orthodoxe a été durement persécutée et refoulée dans les montagnes. Par Francs il faut entendre tous les ocidentaux catholiques : Vénitiens, Gênois, Français, Espagnols etc.
S'il est vrai qu’il y a de nombreux survivants Maronites et Latins convertis à l'islam, la grande majorité qui se sont convertis étaient des Chypriotes grecs comme on peut le voir dans les nombreux villages habités par des Chypriotes turcs qui ont des noms grecs et les églises orthodoxes qui sont devenues des mosquées, et le fait que de nombreux Chypriotes turcs ne parlent pas turc, mais seulement le grec et qu’
ils ont gardé beaucoup de coutumes religieuses orthodoxes telles que la vénération de la Panagia et des saints ainsi que l'utilisation de feuilles d'olivier pour l'innocence tout comme leurs compatriotes Chypriotes grecs.


**Les Maronites bien qu’unis à Rome ne peuvent être assimilés à la chrétienté latine, ils font partie de l’Orient Chrétien. Sur quatre vagues successives leur immigration a commencé au 8ème siècle et a duré plus de six siècles. Ils sont originaires du Liban mais à cette époque, le Liban faisait partie de la Grande Syrie. Aujourd'hui encore, dans un de leurs quatre villages dans le nord de Chypre, à Kormakitis, ils parlent une langue locale, arabe, connue sous le nom d'arabe maronite de Chypre. Amenés en renfort à Chypre lors de la domination latine  pour leur fidélité au Catholicisme mais également pour cultiver le coton, les Maronites, étaient d’origine rurale. Les Latins, quant à eux, seigneurs de l’époque, demeuraient orgueilleusement en ville. 40.000 Maronites ont été massacrés en défendant les Latins de Famagouste et dans les montagnes de Pentadactylos. Le massacre des Maronites a conduit à la quasi disparition de l'île de leur communauté.


(Version et adaptation françaises de Maxime Le minime, photos d'après NOCTOC)


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