"Les autorités chypriotes vont introduire plus de progressivité en ce qui concerne la taxe exceptionnelle sur les dépôts bancaires par rapport à ce qui a été décidé le 16 mars, à condition que (...) cela ne modifie pas le montant total de l'aide financière (des Européens et du FMI)", indique l'Eurogroupe dans un communiqué.
Selon des sources européennes, la zone euro envisage même de ne plus taxer du tout les petits déposants ayant moins de 100 000 euros sur leur compte, mais la décision finale reviendra aux autorités chypriotes. Les ministres se seraient prononcés pour une taxe de 15,6 % sur les dépôts bancaires chypriotes au-delà de 100 000 euros, les dépôts inférieurs étant exonérés, selon des hauts fonctionnaires de la zone euro.
Nicosie s'était initialement engagée à instaurer une taxe de 6,75 % sur les dépôts bancaires en deçà de 100 000 euros et de 9,9 % au-delà de ce seuil, ainsi qu'une retenue à la source sur les intérêts de ces dépôts.Alors que l'annonce de cette taxe sur les dépôts bancaires inquiète les Chypriotes, une source au sein de la banque centrale du pays a indiqué que "les banques resteront fermées mardi et mercredi", afin d'éviter une ruée aux guichets. Lundi 18 février étant férié à Chypre, les banques n'ont plus rouvert depuis l'annonce du plan de sauvetage conclu samedi à Bruxelles avec la zone euro et le Fonds monétaire international.
"MIEUX PROTÉGER LES PETITS DÉPÔTS"
Le ministre des finances chypriote, Michalis Sarris, et le gouverneur de la banque centrale, Panicos Demetriades, avaient expliqué plus tôt dans la journée qu'ils étudiaient une formule de taxation des dépôts bancaires moins sévère pour les petits déposants.
Paris s'était également montré favorable à une protection des petits épargnants. "Si Chypre choisissait, tout en respectant l'enveloppe globale de sa contribution au plan, une répartition différente pour mieux protéger les petits dépôts, il faut l'écouter et à mon sens l'entendre", avait fait savoir Pierre Moscovici, ministre de l'économie.
"C'EST L'AFFAIRE DU GOUVERNEMENT CHYPRIOTE"
De son côté, Jörg Asmussen, membre allemand du directoire de la Banque centrale européenne, avait précisé qu'il n'était pas contre des amendements au plan d'aide, tant que son financement restait assuré, soulignant qu'il s'agit du "programme d'ajustement du gouvernement chypriote, pas celui de la troïka ou d'un autre gouvernement".
Une position partagée par Berlin : "Comment [Chypre] finance sa contribution, comment elle la répartit, c'est l'affaire du gouvernement chypriote", avait affirmé lundi Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière Angela Merkel, tandis qu'un porte-parole du ministère des finances allemand, Martin Kotth, assurait que "ce programme (...) contribuera à calmer la zone euro".
"Mais à la fin, il faut qu'il y ait une contribution de Chypre d'un montant équivalent à ce qui a été conclu vendredi soir", a résumé le directeur général du Mécanisme européen de stabilité (MES), l'Allemand Klaus Regling au quotidien Bild.
Jean-Claude Juncker, ancien chef de file de l'Eurogroupe et actuel premier ministre luxembourgeois, n'a quant à lui pas caché ses réserves vis-à-vis d'un plan qu'il juge lacunaire. "Je redoute une rupture de confiance, non seulement des banques, mais également des citoyens", a-t-il expliqué à des journalistes, à Vienne.
MOSCOU MÉCONTENT
En Russie, où cette mesure risquerait de toucher durement les fortunes placées sur l'île, le ton monte. Le président Vladimir Poutine a tenu lundi matin une réunion extraordinaire consacrée à la situation financière de Chypre. "Evaluant le projet d'instaurer une taxation supplémentaire sur les dépôts à Chypre, Poutine a déclaré que cette décision, si elle était prise, serait injuste, non professionnelle et dangereuse", a indiqué Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin.
Même son de cloche du côté du premier ministre, Dmitri Medvedev, qui compare la taxe sur les dépôts bancaires à "une confiscation de fonds étrangers". M. Medvedev a prévenu que la situation pousserait la Russie à "corriger sa position" sur le dossier chypriote.
L'agence Moody's a estimé à 19 milliards de dollars au 1er septembre 2012 les seuls avoirs de sociétés russes placés à Chypre – auxquels s'ajouteraient 12 milliards de dollars d'avoirs de banques russes dans des établissements chypriotes. La presse et les analystes estiment le coût total d'une telle mesure pour les Russes entre 2 et 3 milliards d'euros.
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